Crépuscule de l’Impérialisme Éclairé

Alors que les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France viennent d’ordonner des frappes sur le territoire syrien visant à priver le régime de Bachar Al-Assad de ses armes chimiques, en dehors de tout cadre légal et aux termes d’un feuilleton politico-médiatique tragicomique, les observateurs s’interrogent : que révèlent réellement ces actions militaires, menées au prix de prouesses techniques bien réelles, pour des gains stratégiques et diplomatiques inexistants ? Les principales puissances occidentales semblent aujourd’hui vouloir s’imposer sur le théâtre syrien, comme pour peser plus lourdement sur le futur de cette république arabe ravagée depuis plus de sept ans par une guerre civile sordide où se mêlent  rivalités ethniques, conflits religieux, intérêts économiques et affrontements indirects entre puissances régionales et internationales. La triade atlantique, incapable de contester à la Russie et à l’Iran le contrôle du dossier syrien, est aujourd’hui condamnée à l’inaction ; l’interventionnisme, même teinté de considérations morales, ne peut plus impacter durablement les rapports de force locaux et régionaux : le reconnaître constituerait un premier pas nécessaire vers l’élaboration d’une politique étrangère cohérente, à l’heure du crépuscule de l’impérialisme éclairé.

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Revue de Presse – Avril III

Les Revues de Presse visent à fournir une vision d’ensemble de l’actualité mondiale. Publiées deux à quatre fois par mois, en fonction de l’activité internationale, elles se composent d’articles tirés des presses français et étrangères, en libre-accès ou non.

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Force Opérationnelle Atomique – Le Fauteuil de Colbert

« La première mouture d’une participation navale à la constitution d’une force atomique nationale est proposée en 1956 et peut être considérée comme abandonnée en 1958 quand ses premiers vecteurs ne sont pas commandés ou admis au service actif (1958). Il s’agissait de dupliquer les projets de l’US Navy. La Marine nationale cherchait à préserver sa place dans le dispositif militaire français en assurant celle de la France dans l’Alliance atlantique. Cet épisode très court pour obtenir une composante océanique de la dissuasion nucléaire basculera rapidement des missiles de croisière vers les engins balistiques lancés depuis des SNLE (Sous-marin Nucléaires Lanceur d’Engins) en moins de cinq ans aux États-Unis quand les premières solutions opérationnelles envisagées ne soutiennent pas la comparaison face aux premiers SNLE. »

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Dossier : Les mouvements étudiants portugais face à l’Etat Nouveau : une mobilisation finalement victorieuse (3/3)

Pour ce second dossier, Mercoeur s’intéresse aux mouvements étudiants portugais sous la dictature d’António de Oliveira Salazar (1889-1970) et au rôle qu’ils jouèrent dans le renversement du régime au cours de la Révolution des Oeillets de 1974. Ces trois articles sont issus d’un mémoire rédigé par Alexandre Laranjeiro, analyste en Relations Internationales.

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Une mobilisation étudiante
essoufflée et inoffensive
mais finalement victorieuse

L’essoufflement de la mobilisation
étudiante : la désunion politique

La mobilisation étudiante au Portugal a suivi trois principes. D’abord, elle s’est opposée aux discriminations ou aux orientations autoritaires venues des autorités académiques. Ensuite, elle est intervenue contre la politique gouvernementale et a tenté de l’influencer. Enfin, elle s’est étendue au champ de la société portugaise toute entière, en tentant de la transformer. C’est ce dernier principe qui a entrainé la plus grande politisation du discours étudiant. Celui-ci a notamment été influencé par divers groupes d’extrême-gauche. La lutte contre la guerre coloniale et pour la révolution prolétaire apparaissent de plus en plus souvent dans les débats au sein du mouvement étudiant. On constate ainsi une influence grandissante de la révolution culturelle chinoise et de la révolution cubaine. Les différents groupes cessent alors de se distinguer uniquement du gouvernement. Ils commencent à se distinguer entre eux.

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Dossier : Les mouvements étudiants portugais face à l’Etat Nouveau – fondements des mouvements étudiants (2/3)

Pour ce second dossier, Mercoeur s’intéresse aux mouvements étudiants portugais sous la dictature d’António de Oliveira Salazar (1889-1970) et au rôle qu’ils jouèrent dans le renversement du régime au cours de la Révolution des Oeillets de 1974. Ces trois articles sont issus d’un mémoire rédigé par Alexandre Laranjeiro, analyste en Relations Internationales.

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Les Fondements des
Mouvements Etudiants

De nouvelles aspirations socio-culturelles

Au début des années 1950, l’Université de Coimbra avait une image d’université d’excellence où l’on formait les futurs cadres du régime. Les étudiants étaient alors assez conformistes. Comme l’explique José Marques Vidal, un ancien étudiant de l’université, dans l’un de ses écrits, les associations étudiantes étaient largement dominées et contrôlées par le pouvoir politique salazariste. Les étudiantes, elles, étaient considérées comme subalternes dans le milieu étudiant, et ne constituaient qu’une mince minorité même si leur nombre était en constante augmentation pendant les années 1950 et au début des années 1960. Miguel Cardina explique qu’en 1950-51, sur 3 220 étudiants, il y avait 941 femmes ; elles étaient 1377 en 1954-55 sur 4 032 étudiants. Finalement, leur nombre augmentant, elles ne représentaient même pas un tiers des étudiants. Selon lui, cette différence se voit aussi en-dehors de l’université.

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Dossier : Les mouvements étudiants portugais face à l’Etat Nouveau – Des protestations à la crise (1/3)

Pour ce second dossier, Mercoeur s’intéresse aux mouvements étudiants portugais sous la dictature d’António de Oliveira Salazar (1889-1970) et au rôle qu’ils jouèrent dans le renversement du régime au cours de la Révolution des Oeillets de 1974. Ces trois articles sont issus d’un mémoire rédigé par Alexandre Laranjeiro, analyste en Relations Internationales.

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Introduction (1956-1969)
Les mouvements étudiants face
à l’Etat nouveau au Portugal

Ministre des Finances de la dictature militaire née du coup d’Etat de 1926, provoquant la chute de la première république parlementaire du Portugal instaurée en 1911, António de Oliveira Salazar est nommé Président du Conseil en 1932. En 1933, par un vote plébiscitaire en faveur de la nouvelle Constitution, il fonde l’Estado Novo. Il devient alors le chef absolu de ce régime jusqu’en 1968, quand il est remplacé, pour des raisons de santé, par Marcelo Caetano. Selon Guya Accornero, l’Estado Novo s’inspirait surtout du fascisme italien, mais avec des spécificités importantes, comme la forte inspiration de la doctrine sociale de l’Église catholique et l’absence de politique expansionniste, puisque le Portugal possédait déjà un grand empire colonial. L’Estado Novo a par contre adopté les principes du corporatisme fasciste, aussi bien sur le plan social et économique, que pour la gestion de l’ordre public et le contrôle des dissidents politiques. Pour définir l’agitation croissante qui régnait ainsi dans les établissements d’enseignement supérieur, notamment à partir de la deuxième moitié des années 1960, la Police Internationale et de Sûreté de l’Etat (PIDE en portugais), la police politique dans « L’Etat nouveau » de Salazar, a commencé à utiliser l’expression d’ « effervescence estudiantine ».

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Indonésie : future wilayat de Daech ?

Il est indéniable que sur un terrain aussi hétérogène et complexe que l’Asie du Sud-Est, qui regroupe 15 % de la population musulmane mondiale[1], cette région devait au moins susciter l’intérêt de l’organisation. L’Indonésie en particulier, qui représente le premier pays musulman au monde en nombre de pratiquants : 261 millions d’habitants (Banque mondiale, 2016) dont 87,2 % se disent musulmans selon le recensement national de 2010[2]. Mais attention aux abus de langage, car le pays n’est pas un État religieux[3] mais une république constitutionnelle depuis son indépendance en 1945. Les croyances sont entremêlées, et l’arrivée-même de l’islam en territoire indonésien fait débat. Il est en tout cas certain que cette religion a parfois fusionné avec d’autres courants et donne aujourd’hui des pratiques diversifiées, plus ou moins attachées aux racines moyens-orientales. Qu’en est-il donc, face à ce patchwork, de l’implantation du terrorisme islamiste en Indonésie, et plus particulièrement de celui de Daech ?

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Rwanda: une Dictature Séduisante ?

 

« L’apparence de la vertu est partout : la chose est rare ». Cette citation que nous empruntons à Pigault-Lebrun, poète et dramaturge français, s’applique avec pertinence au cas rwandais. Toujours marqué par les séquelles d’un génocide ethnique, le Rwanda affiche pourtant aujourd’hui une santé économique insolente et amorce indéniablement un virage vers la modernité. Derrière ce succès apparent, un homme : Paul Kagame. Ce despote « éclairé » semble avoir su imposer à sa population un modèle de dictature séduisant et original que lui envie un bon nombre de ses homologues africains.
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