Trêve Olympique en Péninsule de Corée

A l’approche des Jeux Olympiques et Paralympiques de Pyeongchang en Corée du Sud qui se tiendront respectivement du 9 au 25 février et du 10 au 18 mars, les tensions dans la péninsule coréenne semblent être redescendues d’un cran. En effet, pour la première fois depuis 2015, coréens du nord et du sud se sont retrouvés à la table des négociations le mardi 9 janvier pour parler de la participation de la Corée du Nord aux Jeux Olympiques cet hiver.

Le sport comme outil diplomatique

Les Jeux Olympiques sont souvent l’occasion d’une diplomatie du sport où les Etats dépassent leurs divergences au nom d’un événement sportif international. Comme l’a rappelé dernièrement Pascal Boniface si, ce ne sont pas les Jeux olympiques qui vont ramener la paix, une paix durable entre les deux pays, mais c’est un moyen de faire baisser les tensions[1]. En outre, ce n’est pas la première fois que les deux Etats utilisent ce canal pour maintenir des relations diplomatiques. En effet, le sport a une vertu symbolique forte incarnant le respect et le fairplay dont les retombées positives peuvent être exploitées par la diplomatie. La Corée du Sud et la Corée du Nord ont ainsi utilisé le sport comme moyen de communication indirecte entre leurs deux gouvernements et a constitué un élément structurant du dialogue intercoréen dans le passé. En effet, Séoul rejoignit le CIO (Comité International Olympique) en 1947, suivi une décennie plus tard par Pyongyang, en 1957. Ainsi, les premiers échanges entre les deux Corées se sont opérés par l’intermédiaire du CIO. Les « premiers échanges sportifs » auraient eu lieu en 1956, même si le premier dialogue sportif eut véritablement lieu qu’en 1963, le 24 janvier à Lausanne en suisse, siège du CIO. Néanmoins, si les contacts se sont multipliés dans ce cadre, les résultats concrets de ces dialogues sont plus mitigés. Par exemple, en 1990, pour les Jeux asiatiques de Pékin, la volonté de créer une équipe commune s’était soldée par un échec. « La diplomatie intercoréenne du sport a davantage permis de multiplier les interactions entre les deux Corées que d’apporter des résultats concrets » explique le chercheur Jung Giwoong[2].

Le report des exercices militaires après les jeux

De la même façon, conforme à tradition antique de l’ekeiria, c’est à dire à une trêve dans les conflits sept jours avant et après les épreuves sportives, le président du comité d’organisation des jeux olympiques et paralympiques Lee Hee-beom a proposé le report des exercices miliaires interalliés, ce qui fut validé par Donald Trump le 4 janvier dernier lors d’une conversation téléphonique avec son homologue sud coréen. Ces exercices, appelés Key Resolve et Foal Eagle, sont présentés comme des exercices purement défensifs qui visent à rendre opérationnelle l’interopérabilité entre les troupes américaine et sud coréenne en cas d’attaque de la Corée du Nord. Néanmoins, ces exercices sont souvent générateurs de tensions dans la péninsule puisqu’ils sont interprétés comme de graves provocations pour la Corée du Nord qui y répond généralement par un acte fort, comme un lancement de missile par exemple. En 2017, la Chine avait soutenu la stratégie de « Freeze for Freeze », le « gel contre gel », à savoir l’arrêt du programme nucléaire nord coréen en échange de la fin des exercices militaires américano-sud-coréens. Cette stratégie est toujours refusée pour les Etats Unis, arguant la nécessité de l’entrainement pour ses forces. Néanmoins il semble paradoxalement que cette stratégie s’applique de facto pendant la période Olympique où les tensions se sont apaisées selon les prédicateurs du CSIS « Beyond Parallel ».

Une rencontre de haut niveau à Panmunjom

C’est dans ce contexte qu’une rencontre de haut niveau eut lieu mardi 9 janvier dans village de la paix de Panmunjom. Deux délégations de cinq dignitaires chacune étaient menées d’une part par Ri Son-gwon, le chef de la délégation nord-coréenne et d’autre part par Cho Myoung-gyon, ministre de l’Unification. Ri Son-gwon est un colonel de l’armée nord-coréenne qui a souvent représenté son pays lors des pourparlers militaires entre les deux pays pendant l’administration libérale de Roh Moo-hyun et lorsque les tensions se sont progressivement intensifiées les années suivantes. Il a été aperçu à 27 réunions tenues entre les deux Corées depuis 2004. Ri est également membre de la Commission diplomatique de l’Assemblée populaire suprême, la commission des affaires étrangères de la Corée du Nord qui a été relancée après 19 ans en avril 2017. Cho Myoung-gyon[3], quant à lui, a passé environ vingt huit ans de sa carrière au ministère de l’Unification (MOU). Lors de son investiture en juillet dernier, il a fait savoir sa volonté d’améliorer les relations intercoréennes notamment en rouvrant le canal de communication avec le Nord. Il soutient également la réouverture du complexe industriel de Kaesong en promettant par ailleurs que le gouvernement chercherait activement à fournir un soutien supplémentaire aux entreprises ayant subi d’importantes pertes à cause de sa fermeture. Ainsi, ce sont donc des délégations avec des autorités expérimentées dans ce type d’exercice. La présence des ministères des sports et des responsables des comités olympiques rappelle également que l’ordre du jour principal reste la participation nord-coréenne aux Jeux Olympiques de PyeongChang. Les discussions se sont concentrées autour de l’organisation de la venue d’une délégation nord coréenne au Sud notamment sur la taille de la délégation, sa composition – la Corée du Nord souhaite envoyer une troupe artistique ou une équipe de démonstration de Taekwondo – .

Un autre sujet fut également mis sur la table, celui des familles séparées. Séoul aurait suggéré la tenue d’une réunion pour les familles séparées depuis la guerre qui pourrait se tenir en février au moment des fêtes du nouvel an Lunaire, mais la Corée du Nord n’a pas donné de suites à ce point. Dans la foulée, Séoul et Pyongyang ont décidé de rouvrir la ligne de communication militaire. Si l’utilisation des lignes de communication militaires peut apparaître comme relativement banale, l’histoire de ces lignes offre une perspective intéressante. Leur existence peut amener à décourager les comportements imprudents et générer de la confiance chez les acteurs dans la gestion de crise[4]. Ces lignes directes ont facilité la signalisation entre les Etats et ont réduit la probabilité d’erreurs de calcul dangereuses, ce sont des outils précieux pour la diplomatie militaire.

Enfin le dossier nucléaire fut balayé rapidement par la Corée du Nord. Alors que les attentes étaient grandes, la délégation nord coréenne fit savoir que ce sujet n’était pas à l’ordre du jour d’autant plus que leur arsenal balistique « serait seulement visé vers les Etats Unis » et vers non la Corée du Sud.

Quelles interprétations pour ce dialogue intercoréen ?

Selon Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la Recherche Stratégique, ce dialogue sous le signe de l’apaisement est en réalité une avancée minimale dominée par une forme de pragmatisme de la part des deux pays. Corées du Nord et du Sud ont atteint leur objectifs nationaux respectifs, tout deux n’ont rien à perdre dans la participation et la réussite des Jeux Olympiques. Par ailleurs, l’objectif sud coréen affiché est l’amélioration des relations intercoréennes et une dénucléarisation. A cet égard, une évolution est notable depuis l’arrivée du président progressiste Moon qui semble partiellement dissocier ces deux objectifs. De 2007 à 2017, les conservateurs ont conditionné une amélioration des relations intercoréennes à une amélioration des dossiers nucléaires et balistiques ce qui avait amené notamment à la fermeture du complexe industriel de Kaesong. Ainsi le président actuel, Moon, semble plus pragmatique en liant les deux sujets sans les conditionner l’un à l’autre.

Cette stratégie ne semble pas tout à fait en parfaite adéquation avec la posture américaine, qui rappelait la dénucléarisation comme préalable aux dialogues. Si les Etats Unis semblaient sceptiques quant à ce dialogue, se méfiant des intentions nord coréennes, il semble aujourd’hui que les tweets de Donald Trump incarne une position plus modérée, rappelant toujours l’alliance indéfectible avec la Corée du Sud.

Néanmoins, si la communauté internationale salue les efforts de dialogues entre les deux Corées, beaucoup d’analystes affirment que cette volonté de dialogue du Nord s’explique  par l’asphyxie du pays par les sanctions internationales étendues en décembre dernier par le conseil de sécurité de l’ONU, suite au dernier essai nucléaire fin novembre. En effet, selon un ancien diplomate nord-coréen réfugié en Corée du Sud, Thae Yong-ho, la « main tendue » de Kim Jong-Un est une stratégie pour tenter de diluer la coopération concernant les sanctions entre les principaux acteurs que sont la Chine, les Etats Unis, et la Corée du Sud. Selon l’ancien ambassadeur nord-coréen, une des visées de Kim Jong-un avec cet effort pour désamorcer les tensions avec le Sud est aussi d’envoyer un message fort à la Chine, alors même que l’empire du milieu a alourdit les sanctions à l’égard de la Corée du Nord.

Ainsi, si la trêve Olympique entre les deux Corées a déjà commencé et devrait se prolonger jusqu’en mars à la fin des Jeux Olympiques de Peyongchang, ce réchauffement diplomatique des relations diplomatiques pourraient paradoxalement donné lieu par la suite à des indécents diplomatiques plus forts d’ici la fin de l’année. Plusieurs études de données du CSIS montrent qu’il n’existe pas nécessairement de corrélations positives entre la coopération inter coréenne et l’absence constante de provocations nord-coréennes[5]. La Corée du Nord voulant achever son programme nucléaire se sentira par ailleurs obligée de répliquer à la reprise des exercices annuels entre les Etats Unis et la Corée du Sud au printemps.

Article proposé par Clémentine Fautrel, étudiante en Relations Internationales (IRIS Sup’)

[1] http://www.iris-france.org/105179-jo-dhiver-un-merveilleux-pretexte-pour-un-rapprochement-entre-les-deux-corees-mais-le-sport-nest-pas-une-baguette-magique/

[2] http://www.centreasia.eu/sites/default/files/publications_pdf/korea_analysis_2.pdf

[3] https://beyondparallel.csis.org/south-koreas-new-minister-unification-cho-myung-gyon/

[4] https://www.stripes.com/news/pacific/what-s-a-nuclear-hotline-good-for-anyway-1.506580

[5] https://beyondparallel.csis.org/medals-missiles-decreased-risk-north-korean-wmd-activity/

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