Géopolitique des Glaces : les Frontières Russes du Grand Nord

Lors de l’expédition Arktika 2007, le navire Akademik Fedorov, accompagné du brise-glace à propulsion nucléaire Rossiya et de deux Mir (Mir-I et Mir-2), s’engage en mer Arctique afin de collecter des données géologiques précieuses pour appuyer une demande d’élargissement des frontières maritimes de la Fédération de Russie en Arctique. La Russie, par cette expédition, n’a pas seulement planté un drapeau russe au pôle Nord, à plus de 4.200 mètres de fond; elle a surtout alarmé la communauté internationale de ses revendications territoriales pour étendre sa souveraineté sur le Grand Nord et devenir maître de ses immenses ressources. La vision historique d’une opposition entre la terre, propriété d’un maître, et la mer, a priori inaccessible et intrinsèquement inoccupée, est bouleversée lorsqu’il est pris conscience que la mer est l’élément réellement mondial.

Pivot de système d’échanges, les espaces maritimes, tels que le Grand Nord, sont des lieux de conquêtes et des lieux de partages. Par l’acquisition d’un rôle stratégique décisif, la mer est un espace indispensable que les Etats souverains souhaitent délimiter afin de mieux le maîtriser. Le facteur géographique maritime, de même que son pendant juridique, se veut ainsi limitation et ouverture. Transformant l’expression de François Gipouloux[1], d’aucun pourrait arguer que l’Arctique est une « Méditerranée de glaces », mer semi-fermée[2] bordée des côtes de plusieurs Etats – nommément les Etats-Unis, le Canada, le Danemark, la Norvège, et la Russie. Laboratoire expérimental de relations étatiques nouvelles, la « Méditerranée de glaces » ordonne l’espace, en l’occurrence russe, par la volonté de multiplication des flux commerciaux et de l’intensité des échanges. Pourtant, puissance continentale par excellence, la Fédération de Russie, bien qu’ouverte aux échanges océaniques, semble avoir une influence maritime insuffisante relativement à d’autres puissances issues de la colonisation par la mer, telles que les Etats-Unis ou le Canada. L’immensité terrestre russe pèse a priori sur l’ouverture maritime de la Grande Russie[3]. A ce titre, les frontières russes sont le résultat de la politique expansionniste impérialiste progressive au prix d’incroyables périples notamment en passant par le Nord[4]. La pesanteur de la masse continentale associée à la difficulté d’accès à la mer glacée n’a pourtant pas arrêté la Russie afin de faire de l’Arctique la nouvelle base de ressources du XXIe siècle[5]. Pour cela, la Russie souhaite dans un premier temps affermir sa souveraineté dans la région, tout en mettant en place des plans ambitieux d’aménagement du territoire et d’exploitation des ressources énergétiques. L’Arctique est donc un cadre spatial distinctif, objet de revendications territoriales soutenues et sujet à une volonté d’appropriation principalement des Etats circumpolaires. Aussi faut-il associer à une géographie physique la géographie politique pour saisir véritablement que les intérêts russes s’ancrent dans des enjeux régionaux mais aussi internationaux. Alors dans quelle mesure les contentieux maritimes frontaliers sont-ils une prémisse de la maîtrise du Grand Nord par la Fédération de Russie ? Il serait aisé de nourrir les revendications territoriales en percevant la Russie comme une menace à l’ordre arctique, plaçant là les avant-postes de contrôle d’une mer indispensable. Menace pour l’un, géant géographique pour d’autres, dont le rôle salvateur du Grand Nord, en terme économique, expliquerait l’effervescence du monde autour de la maîtrise des glaces

Russie, Reine des glaces ?

L’Arctique est à la fois un objet de revendication territorial russe et un objectif de possession souveraine des Etats qui l’entourent. Alors que la Guerre Froide prenait fin, la question de la liberté de l’Arctique est devenue essentielle dès lors qu’ont été découverts des gisements importants en mer de Kara et en mer de Barents[6]. L’exploitation de ces hydrocarbures nécessitait des délimitations territoriales spécifiques pour lesquelles la Russie et la Norvège semblent s’être mis d’accord le 16 septembre 2010[7]. Cependant, les contentieux territoriaux en mer Arctique, portant sur l’étendue de la zone économique exclusive (ZEE), ne peuvent s’arrêter là, lorsqu’est pris conscience que plus d’un tiers du territoire russe repose au nord du cercle arctique[8]. La mer comme lieu d’échanges et de partages, a été très tôt l’objet de normes, d’abord coutumières puis internationalement écrites, mais toujours mouvantes. Le droit de la mer, pourtant, a besoin de stabilité afin de s’inscrire dans le temps, de garantir la circulation effective sur l’espace océanique mondial, mais aussi l’exploitation des ressources et la préservation de la sécurité en évitant les conflits entre Etats.

La réalité fonctionnelle du droit de la mer est l’attribution en « zone » de l’espace maritime, permettant juridiquement à la souveraineté d’un Etat d’être spatialement limitée[9]. Formalisées officiellement grâce à la Convention des Nations Unies sur le Droit de la mer (UNCLOS), en date du 10 décembre 1982, dite Convention de Montego Bay[10] ; deux zones sont ici à prendre compte : la ZEE et le plateau continental. La ZEE et le plateau continental sont les espaces maritimes les plus éloignés de la terre, pour lesquels le Droit confère aux Etats côtiers des droits limitativement énumérés. L’Etat côtier en ce sens ne détient pas de titre territorial à proprement parler sur la ZEE ou le plateau continental, mais bien des droits souverains acquis par le seul fait de la coutume ou du traité[11]. Ainsi, l’espace maritime, à l’inverse du territoire terrestre, ne peut être « l’objet d’une occupation effective ni d’une effectivité du pouvoir de gouvernement[12]», mais peut être fictivement délimité afin de permettre à chaque Etat d’avoir des frontières fixes, malgré les fluctuations maritimes, et à séparer à la fois leurs droits et leur juridiction. La ZEE provient d’une volonté des Etats d’étendre leur juridiction au-delà de la limite des 12 milles[13] et qui s’étend jusqu’à 200 milles marins[14]. Le plateau continental, quant à lui, est un prolongement naturel du territoire terrestre de l’Etat[15]. Or si la Fédération de Russie s’y voit conférer une exclusivité de compétence, autrement dit des droits souverains, cela n’en fait pas son territoire. Là se trouvent les revendications territoriales russes dès lors que la Russie, exprimant ses velléités d’appropriation, souhaite étendre sa souveraineté jusqu’à 350 milles, s’appuyant sur l’idée de l’expansion géologique du plateau continental grâce à la dorsale Lomonosov[16]. Ce faisant, la ZEE russe, et donc le territoire de la Fédération de Russie, serait augmenté de 1,2 millions[17] de km2. Cependant, le Canada, mais aussi le Danemark, étudient chacun cette même dorsale, voulant prouver qu’elle est le prolongement continental de leur propre territoire respectif[18].

Au-delà des 200 milles marins se trouvent normalement les eaux internationales, dans lesquels l’Etat peut être propriétaire des ressources du sous-sol, mais où la circulation maritime est totalement libre. La mer est en effet le lieu de l’action et de la liberté par nature. Fondamentalement libre et donc ouverte, la mer doit pouvoir être parcourue, naviguée des côtes d’un Etat à la haute mer, sans entrave. Et pourtant, parce qu’espace à trois dimensions – surface, masse des eaux, fonds –, la mer est aussi un lieu de convoitises. Les limitations à une liberté maritime peuvent alors trouver bien des raisons, légales ou politiques. Néanmoins ce sont généralement les mobiles économiques qui dictent aux Etats leurs avancées sur mer[19]. Objet de revendication et sujet de contentieux, la mer, intrinsèquement mouvante, ne trouve finalement dans le droit positif qu’une stabilité éphémère, comptabilisant pas moins de huit contentieux frontaliers bilatéraux[20]. La Fédération de Russie, bien qu’ayant ratifié la Convention de Montego Bay en 1997[21], a soumis sa première demande d’expansion territoriale par devant la Commission des limites du plateau continental des Nations-Unis (CLCS) en 2001.

Du droit de la mer au dessein des frontières russes

Les intérêts nationaux russes affichés sont a priori économiques, fondés sur deux éléments clés : les ressources naturelles[22] et le transport maritime[23]. Selon le Ministère russe des ressources naturelles et de l’environnement, la zone russe revendiquée en Arctique détiendrait environ 83 milliards de tonnes de pétrole[24]. Alors que la Russie détient des puits onshore de pétrole conséquents, tel que ceux de la péninsule du Yamal, les projets offshore sont progressivement devenus d’une importance cruciale. La hausse de la demande sur le marché européen de l’énergie, l’augmentation de la puissance américaine sur ce même marché, mais aussi l’influence des entreprises de l’énergie[25], ont fait pencher la balance en faveur du développement d’une véritable politique russe tournée vers l’Arctique. De puissance continentale résolument dirigée vers l’étranger proche, la Fédération de Russie s’est tournée vers le Grand Nord. La politique de coopération engagée par la Russie avec les Etats littoraux de l’Arctique a permis à celle-ci de maintenir un joug certain sur le conseil de l’Arctique grâce, notamment, à la mise en place des « règles du jeu », une série de critères pour la paix et la coopération en Arctique.

Plus qu’un simple scénario géoéconomique fondé sur la recherche d’hydrocarbures, pour certains inexistants[26], la Fédération de Russie semble mettre en place une réelle stratégie politique afin de devenir le maître de l’Arctique. L’Arctique, objet de conquête, est devenue le sujet de partages fictifs grâce à un droit positif se voulant internationalement reconnu. La CLCS a finalement étendu en mars 2014 la frontière maritime russe de 52.000 km2 dans la mer d’Okhotsk[27]. Le dessin des frontières appelle pourtant un objectif allant au-delà de l’attrait économique affiché des Etats frontaliers et de la Russie: la recherche de la maîtrise du Grand Nord. Or maîtriser l’Arctique ne peut pas se résumer à la posséder. Immense et impermanente, la mer échappe a priori à toute appropriation. Maîtriser la mer arctique reviendrait non seulement à délimiter, pour soi et pour les autres, des zones fictives de souveraineté, mais surtout à détenir le pouvoir juridique de le faire, entendu comme possibilité normative reconnue par d’autres Etats. En ce sens maîtriser la mer serait certes la possibilité d’emprise physique sur un espace, grâce à un pouvoir conféré légalement, mais pas uniquement : au regard de la politique étrangère de la Fédération de Russie, le Grand Nord ne peut être politiquement maîtrisé qu’en évoluant vers le plateau d’un jeu de géographie politique, dans lequel il apparaît nécessaire de prendre en compte non seulement ses propres intérêts mais aussi ceux de ses rivaux[28].

La Fédération de Russie peut-elle maîtriser l’Arctique légalement, compte tenu de la seule reconnaissance juridique internationale en lieu et place de la UNCLOS, délimitant arbitrairement des zones fictives? D’une maîtrise possiblement légitimée par la légalité, la Russie découvre que ses potentialités d’appropriations sont contrariées par des « ennemis » périphériques dont il est nécessaire de tenir compte politiquement. En ce sens le pouvoir des normes internationales semble s’amoindrir dès lors qu’entrent en jeu les règles politiques permettant d’atteindre le dessein souverain, quel qu’il soit. Il est intéressant de mettre d’emblée en relief le fait que la détention de la souveraineté, bien que révélatrice de la puissance, n’exprime pas nécessairement la maîtrise absolue d’un espace, en l’occurrence maritime.  Or il ne semble pas que l’objectif soit la puissance en soi, dont l’opacité hégélienne ne permet aucune distance, mais bien la maîtrise de la mer.

La danse de l’Ours : maîtriser le Grand Nord

Au versant juridique positif répond la défense des intérêts souverains de la Russie en Arctique, grâce à la mise en place d’une politique étrangère russe spécifique faisant de la puissance un moyen permettant d’atteindre l’objectif final : maîtriser l’Arctique.

La Russie semble vouloir ne distribuer pour l’instant qu’une carte légale, sans dépassement de droits : au contraire des Etats-Unis non signataire de la UNCLOS, mais surtout du Danemark demandant non seulement toute la côte nord du Groenland mais aussi la zone sous le Pôle Nord et jusqu’aux limites de la ZEE russe, la Russie a limité sa demande de la dorsale Lomonosov jusqu’au Pôle Nord[29]. Même si la CLCS acceptait l’une des requêtes lui étant soumises, que ce soit celle du Danemark ou encore celle de la Russie, son jugement ne serait qu’une recommandation. Celle-ci n’est en rien contraignante et ne justifie aucune reconnaissance internationale. Deux possibilités s’ouvrent alors : soit les Etats litigieux rédigent un traité de coopération concernant la zone revendiquée[30], soit ceux-ci se « battent » pour ce qu’ils pensent respectivement être leur droit souverain[31]. Cela engendrerait deux positions possibles : l’Etat belliqueux pourra choisir la défense de intérêts de sécurité nationale, ou au contraire l’Etat coopérant pourra choisir la défense des intérêts économiques nationaux. Finalement, le dessein de ce jeu géopolitique reste une volonté de maîtriser ses intérêts, partant l’Arctique. Mais avant de pouvoir maîtriser la mer, il semble nécessaire de la discipliner. Or discipliner l’Arctique revient encore à la délimiter car cela permet de rendre sa zone d’influence inviolable et intangible, et de pouvoir maîtriser pleinement celle-ci.

Il semble ici évident que la frontière est non seulement un objet de géographie physique à forte valeur politique[32], mais aussi une puissante métaphore détenant un pouvoir symbolique exemplaire. Cette fonction symbolique de la frontière étatique est d’ailleurs d’autant plus forte qu’elle se matérialiste dans un élément mouvant, la mer, uniquement marquée par des données topographiques, en l’espèce imprécises. C’est un « obstacle à l’accueil et (une) incitation à l’échange[33]» faisant de la frontière une unité sémique éminemment significative[34]. Le droit international a conventionnellement voulu maîtriser la mer, ancienne res nullius, dont les vestiges restent la possibilité de libre passage pour les navires sur l’espace au-delà de toute souveraineté et droits souverains. Les frontières maritimes sont donc là initialement pour filtrer, non pour interdire le passage. L’Ours russe voit dans la limitation frontalière, à la fois une entrave à sa souveraineté et une protection de celle-ci contre la menace extérieure.

Une géopolitique de double influence, entre réalités et rivalités

De droit de la mer au droit à la mer, les contentieux frontaliers démontrent que l’espace maritime en Arctique est le sujet principal non seulement d’intérêts géoéconomiques majeurs mais aussi d’enjeux géostratégiques : la lutte d’influence[35] régionale dévoile que le Nord arctique représente tout à la fois un des endroits les plus froid et un des points les plus chaud de la planète. Simultanément, l’Arctique semble une région très riche en ressources[36] et très stratégique en terme de passage maritime[37]. Avec le réchauffement climatique, la région du Grand Nord a obtenu en l’espace de quelques années une place de choix dans la mise en place des politiques étrangères globalement, des politiques intérieures des pays limitrophes spécialement[38]. Alimenté par la détermination russe d’en faire une plaque centrale de la géopolitique mondiale, les réflexions sur l’Arctique ont attiré bien des intérêts internationaux. Les débats sont multisectoriels, et multi-acteurs[39] : l’Amérique du Nord et du Sud, l’Europe, l’Asie, l’Afrique utilisent leurs océanographes, géographes, climatologues, politologues et autres experts afin de faire entendre leur attrait pour la terra incognita si souvent romancée dans d’épiques récits de voyages[40].

Au pouvoir juridique de maîtriser physiquement la mer répond le pouvoir politique de réguler diplomatiquement les revendications territoriales. La stratégie russe en Arctique semble balancer entre une vision très réaliste des Relations internationales[41] et une vision plus libérale de celles-ci. A l’exploration et à la conquête de l’Arctique par les russes font face la coopération et la négociation dans un axiome de paix entre Etats et entreprises concernées[42]. La stratégie plus libérale semble prendre jusqu’ici le dessus en politique étrangère russe bien que le pragmatisme politique inspire à servir ses propres intérêts en premier. La politique russe en Arctique détient donc une double influence : à la fois solitaire dans sa volonté de puissance, et coopérative dans sa soumission au droit international et au marché économique. L’exemple le plus frappant est l’accord de délimitation quasiment équitable de la mer de Barents entre la Norvège et la Russie après plus de quarante ans de négociations. Pourtant, alors que les Russes semblent prendre avec fierté une démonstration de souveraineté pareille au drapeau planté en 2007, ce « Russian Show » tel que le décrit Peter MacKay[43], ancien ministre des Affaires Etrangères canadien, peut être perçu comme une menace sérieuse pour d’autres. La Russie avait en effet réitéré sa demande d’expansion de zone à 350 milles en 2010 ; celle-ci a été refusée début 2015. Ne pourrait-on en effet imaginer que la Fédération de Russie utilise une telle coopération uniquement pour s’attirer la sympathie des Etats limitrophes afin qu’à terme, ces derniers appuient sa demande par devant la CLCS ? La Russie, avec l’accord des Etats circumpolaires, pourrait alors maîtriser pleinement le Grand Nord.

CONCLUSION

A l’origine d’une maîtrise de l’Arctique, deux prémisses d’explications sont essentielles. La première est bien la revendication territoriale souveraine par laquelle la mer, source que les hommes souhaitent inépuisable, se tient en lieu et place d’une lutte infatigable pour ses capacités en matières premières et halieutiques ainsi que pour ses routes maritimes. S’emparer de ses richesses profitables permettrait à la Russie d’augmenter intrinsèquement sa puissance. A côté de l’illusion juridique, l’analyse stratégique d’un tel contexte géographique découvrirait des acteurs indispensables reliés directement à la modernisation d’un programme militaire russe. S’il est reconnu une violation juridique flagrante du droit de la mer par la Fédération de Russie, celle-ci serait une menace conventionnelle de l’ordre international perturbant notamment la navigation par une volonté de projection de puissance.

La deuxième prémisse à la maîtrise est alors la conflictualité, permettant finalement au maestro de paralyser l’ennemi tout autant que de sécuriser son espace souverain. La guerre pour la géographie, autrement dit pour un espace, va plus loin encore qu’une donnée purement sécuritaire des routes maritimes : contrôler l’espace maritime afin de se protéger ou de s’emparer d’un bien, que ce soit pour augmenter sa puissance face aux autres protagonistes ou plutôt pour maîtriser l’espace afin d’empêcher un autre Etat de se l’approprier. La difficulté d’un concept tel que la maîtrise est l’obligation de prise en compte globale de l’espace maritime. Une focalisation sur l’étude des contentieux maritime serait en ce sens incomplète si elle ne s’ancrait dans la recherche de la pertinence du concept de maîtrise de la mer.

A la géopolitique instantanée de l’apparence contentieuse des conflits territoriaux en Arctique doit être privilégié l’héritage identitaire russe jaugeant le choc des volontés et des intérêts souverains tout autant que l’évaluation comparée des Puissances circumpolaires. Finalement, les frontières russes semblent « mouvantes depuis les origines[44] », et dans une certaine normalité pourraient se résumer en ce dicton russe : « Bornes et frontière – querelles et guerres[45]».

Article proposé par Mathilde Andriot, analyste politique, diplômée de l’IRIS Sup’.

[1] TERTRAIS H. (dir.), La Chine et la mer. Sécurité et coopération régionale en Asie orientale et du Sud-Est, L’Harmattan, 2011, p.68

[2] UNCLOS, Article 122, Partie IX, 1982 : une mer semi-fermée est «un golfe, un bassin ou une mer entourée de plusieurs Etats et relié à une autre mer ou à l’océan par un passage étroit, ou constitué, entièrement ou principalement, par les mers territoriales et les zones économiques exclusives de plusieurs Etat »

[3] CHAMONTIN Laurent, L’empire sans limites, Pouvoir et société dans le monde russe, Editions de l’Aube, 2014, p.81

[4] ORSENNA Erik, AUTISSIER Isabelle, Passer par le Nord, La nouvelle route maritime, Gallimard, 2016, p.48. Sera cité par exemple le périple de Simon Dejnev : il existerait encore un débat sur l’interprétation du récit d’exploration de ce dernier, qui serait le premier occidental à avoir franchir au XVIIe siècle la pointe nord-est de la Russie. Celle-ci porte d’ailleurs aujourd’hui son nom.

[5] POUTINE V., Meeting of the Security Council on state policy in the Arctic, Kremlin, Moscou Avril 2014 : « This region has traditionally been a sphere of our special interest. It is a concentration of practically all aspects of national security – military, political, economic, technological, environmental and that of resources », http://en.kremlin.ru/events/president/news/20845, consulté le 15 janvier 2017

[6] MARCHAND Pascal, Géopolitique de la Russie, Une nouvelle puissance en Eurasie, Presses Universitaires de France, 2014, p.79

[7] MARCHAND Pascal, Atlas géopolitique de la Russie, Editions Autrement, 2015, p.86

[8] KEFFERPÜTZ Roderick, « On thin ice ? (Mis)Interpreting Russian Policy in the High North », Centre for European Policy Studies, Policy Brief no.025/February 2010, p.3

[9] PANCRACIO J-P., Droit de la Mer, Dalloz, 2010, p.65

[10] La Convention des Nations Unies sur le Droit de la mer :

http://www.un.org/depts/los/convention_agreements/texts/unclos/unclos_f.pdf

[11] PANCRACIO J-P., Droit de la Mer, Op.Cit., p.14

[12] Ibid, p.17

[13] Ibid, p.171

[14] Article 57, UNCLOS, 1982

http://www.un.org/depts/los/convention_agreements/texts/unclos/unclos_f.pdf

[15] UNCLOS, Partie VI, Article 76, Paragraphe 1 : « Les fonds marins et leur sous-sol au-delà de sa mer territoriale, sur toute l’étendue du prolongement naturel du territoire terrestre de cet Etat jusqu’au rebord externe de la marge continentale, ou jusqu’à 200 milles marins des lignes de base à partir desquelles est mesurée la largeur de la mer territoriale, lorsque le rebord externe de la marge continentale se trouve à une distance inférieure ».

[16] MARCHAND Pascal, Atlas géopolitique de la Russie, Op.Cit., p.86

[17] MARCHAND Pascal, Géopolitique de la Russie, Une nouvelle puissance en Eurasie, Op.cit., p.79

[18] MARCHAND Pascal, Atlas géopolitique de la Russie, Op.Cit., p.86

[19] VIGARIE A., La mer et la géostratégie des nations, Economica, 1995, p. 389

[20] LARUELLE Marlene, « In search of Borea : Hopes, Hypes and Realpolitik in Strategy, Northern Federal University of Russia », 2013, consulté le 15 janvier 2017

http://narfu.ru/upload/medialibrary/a4c/laruelle_russia_s-strategy-in-the-arctic.pdf

[21] KEFFERPÜTZ Roderick, « On thin ice ? (Mis)Interpreting Russian Policy in the High North », Centre for European Policy Studies, Policy Brief no.025/February 2010, p.3

[22] MAXIE Jeremy, SLAYTON David, « Russia’s arctic dreams have chinese characteristics », The National Bureau of Asian Research, p.1-2

[23] BENNETT Mia, « The silk road goes north : Russia’s role within China’s Belt and Road Initiative », Area Development and Policy, Taylor and Francis Group, 2016, p.4

[24] KLIMENKO Ekaterina, « Russia’s evolving arctic strategy, Drivers, Challenges, and New opportunities », Stockholm International Peace Research Institute, Policy Paper no.42, Septembre 2014, p.3

[25] KLIMENKO Ekaterine, « Russia’s arctic security strategy, Still Quiet in the High North ? », Op.Cit., p.6-8

[26] TRENIN Dimitri, BAEV Pavel K., « The Arctic, A view from Moscow », Carnegie Endowment for International Peace, 2010, p.21-22

[27] KLIMENKO Ekaterina, « Russia’s evolving arctic strategy, Drivers, Challenges, and New opportunities », Op.Cit., p.12

[28] ANNEXE 1 : Synthèse de la Géopolitique des glaces

[29] STAUN Jorgen, « Russia’s Strategy in the Arctic », Institute for Strategy, The Royal Danish Defence College, 2015, p.12

[30] HEININEN Lassi, SERGUNIN Alexander, YAROVOY Gleb, « Russian strategies in the Arctic : avoiding a new cold war », Valdai Discussion Club Grantees Report, Septembre 2014, p.35

[31] Ibid., p.79-83

[32] FOUCHER M., Fronts et Frontières, Un tour du monde géopolitique, Fayard, 1991, p.17

« La frontière est donc l’objet géopolitique par excellence, puisque (…) c’est le lieu privilégié d’articulation du politique et du spatial : tracer et gérer une frontière sont des actes essentiels de géopolitique appliquée. »

[33] Ibid., p.40

[34] Ibid., p.45

[35] GARCIN Thierry, « Arctique, la géopolitique est de retour », Diploweb, 2013, consulté le 15 janvier 2017

[36] LASSERRE Frédéric, «  Géopolitiques arctiques : pétrole et routes maritimes au cœur des rivalités régionales ? », Critique internationale, 2010/4, No.49, p.152

Cette affirmation est à balancer avec l’emphase politique des revendications territoriales soumises à la CLCS. Il apparaît que cette volonté d’appropriation ne concernerait que 5% des ressources potentielles se trouvant au-delà des ZEE.

[37] LASSERRE Frédéric, «  Enjeux géopolitiques et géoéconomiques contemporains en Arctique », Géoéconomie, 2013/2, No.65, p.136 : là encore il est nécessaire de rappeler que les routes arctiques sont futures et pour l’instant largement limitées.

[38] PADRTOVA Barbora, « Main trends in the current discussion about the Arctic », Cenaa Policy Paper, 2015, Centre for European and North Atlantic Affairs, p.1

[39] LARUELLE Marlene, « In search of Borea : Hopes, Hypes and Realpolitik in Strategy, Northern Federal University of Russia », Op.Cit., consulté le 15 janvier 2017

[40] ORSENNA Erik, AUTISSIER Isabelle, Passer par le Nord, La nouvelle route maritime, Op.Cit., p.54

[41] TRENIN Dimitri, BAEV Pavel K., « The Arctic, A view from Moscow », Op.Cit., p.25-26

[42] STAUN Jorgen, « Russia’s Strategy in the Arctic », Op.Cit., p.4

[43] Ibid., p.9

[44] CHAMONTIN Laurent, L’empire sans limites, Pouvoir et société dans le monde russe, Op.Cit., p.47

[45] HELLER Michel, Histoire de la Russie et de son Empire, Perrin, 2015, p.42

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