Die Energiewende : Des défis européens de la transition énergétique allemande

L’Allemagne s’est lancée en 2011 dans une ambitieuse politique de transition énergétique. Pourtant cette politique n’est pas une politique de décarbonation du mix énergétique allemand : elle consiste en fait à une sortie du nucléaire pour produire une énergie sûre. Cette décision a été prise de manière unilatérale et vraisemblablement sous l’impulsion d’Angela Merkel après la catastrophe nucléaire de Fukushima.

L’opinion publique allemande s’est véritablement enthousiasmée pour la question malgré le coût et les défis techniques qu’une telle opération représente. Le contexte international semblait indiquer une volonté internationale historique de rupture avec le nucléaire. Le Japon annonçait un arrêt de sa production nucléaire et la Suisse emboîtait le pas de l’Allemagne pour une sortie en 2034, d’autres pays européens avait choisi la sortie du nucléaire bien plus tôt comme l’Autriche dès les années 80. Cependant l’Allemagne n’est pas comparable aux pays précédemment cités. Principale consommateur d’énergie européen avec près de 20% de la consommation de l’Union Européenne. De plus l’Allemagne fait partie de l’UCTE l’Union for the Coordination of the Transition of Energiy un système de raccordement du réseaux européens qui interconnectent l’ensemble du marché et des centres de productions européens. D’autre part des pays comme la France mais aussi le Royaume Uni, la Finlande où la Suède continuent d’exploiter voir augmentent leur capacité nucléaire. Cette politique semble donc problématique et questionne la capacité des états européens à opérer une transition énergétique solitaire. Enfin le marché énergétique européen interconnecté suscite des répercussions inattendues dans les différents pays ne pratiquant pas la même politique énergétique.

Nous questionnerons donc la réussite de cette politique énergétique en nous demandant en quoi la transition énergétique Allemande questionne-t’elle la légitimité d’un État européen à mener une politique énergétique souveraine dans le contexte d’intégration européenne.

Nous envisagerons dans un premier temps de comprendre la politique et les objectifs que s’est donnée l’Allemagne pour mener sa transition énergétique, puis nous envisagerons les défis techniques que cela suppose pour nous pencher enfin sur les conséquences européennes de cette transition.

La politique allemande de la transition énergétique et ses objectifs

Tout d’abord il faut prendre en compte que la politique allemande de transition énergétique n’est pas un concept surgit ex-nihilo en effet elle est issue d’une culture politique écologique allemande qui date des années 70-80 avec de nombreuses organisations de citoyen cherchant à être autosuffisants en énergie via l’installation d’éoliennes et de panneau solaires sur des emprises réduites. D’autre part contrairement à la France le secteur énergétique allemand est complètement privé et décentralisé autour de quatre énergéticiens principaux E-ON, Vattenfall, RWE et STEAG. De plus dès les années 2000 et le gouvernement Schröeder des lois de transitions énergétiques avaient été mises en place. Ainsi il avait été fixé comme objectif stratégique de sortir du nucléaire en 2022 et de favoriser par des tarifs avantageux l’achat d’énergies renouvelables pendant 20ans pour stimuler le secteur par la demande et par une subvention indirecte. Lors de son arrivée au pouvoir Merkel avait poursuivi les objectifs de ces prédécesseurs cependant dans le rapport Energiekonzept de 2010 une prolongation de l’usage du nucléaire était préconisée pour réduire la part du thermique dans le mix énergétique. Cependant le tournant de l’accident nucléaire de Fukushima va changer les objectifs de la chancelière allemande…

En 2011 l’opinion politique allemande est très inquiète de la seconde catastrophe nucléaire d’ampleur de l’histoire et milite via des manifestations au travers du pays pour une sortie de cette énergie au premier rang desquelles le puissant parti vert allemand. Le gouvernement allemand décide alors de revenir sur sa décision et de confirmer la sortie du nucléaire en 2022 et dans l’immédiat ferme les quatre réacteurs allemands les plus anciens. De plus l’Allemagne met sur pied un ambitieux plans de transition basé sur quatre concepts :

  • Diminuer la consommation d’énergie primaire de 20 % et celle d’électricité de 10 % en 2020 grâce à l’augmentation de l’efficacité énergétique.
  • Lancer la construction des dix premiers parcs éoliens offshores, financés à hauteur de 5 milliards par l’État fédéral.
  • Modifier du code de l’urbanisme afin de déterminer les nouvelles surfaces disponibles pour implanter des éoliennes terrestres en privilégiant le Repowering; c’est-à-dire le remplacement des éoliennes anciennes par de nouvelles plus puissantes.
  • Réaménager le réseau de transport d’électricité et la construction de nouvelles lignes haute tension.

En tout, les énergies renouvelables doivent arriver à 35% du mix énergétique en 2020 et même s’élever à 80% en 2050.

Néanmoins cette politique s’appuie, dans un premier temps, sur la réouverture de centrale à la lignite, un charbon acide particulièrement polluant, et à houille dont la consommation à sensiblement augmenté de 2011à 2013 avant de retrouver le niveaux de 2011 en 2016. Les énergies renouvelables ont connu un net dynamisme depuis 2011 avec une forte croissance de l’éolien du photovoltaïque et de la biomasse. Le mix énergétique comprend toujours en 2016 13,1% de nucléaire et il semble peu probable que les objectifs allemands puissent être tenue pour 2022. Enfin le mix énergétique allemand reste un des plus émetteur en gaz à effet de serre avec une place des énergies fossiles dans la production électrique s’élevant à près de 54% en 2016 pour 8,6% en France.

Les enjeux techniques de la transitions énergétique allemande

La transition énergétique allemande s’appuie sur trois piliers : l’éolien et notamment l’éolien offshore, la biomasse et le solaire. Les autres énergies renouvelables telle que l’hydraulique ont depuis longtemps atteint leur capacités maximales de production. Cependant cette transition est problématique pour le secteur énergétique allemand, l’industrie et est sources de multiples conflits.

En effet la fermeture des centrales nucléaires pose des défis en approvisionnement électrique des grands centres industriels et urbains allemands situés dans le sud quand l’énergie éolienne est produite principalement dans le nord du pays et plus précisément en mer du Nord.  Plus généralement la politique énergétique allemande est une politique indirecte basée en grande partie sur la participation d’acteurs privés qui se soucient moins de la cohérence des installations énergétiques que de leur rentabilité grâce à des aides publiques et des subventions sur leur prix de vente. On assiste ainsi en Allemagne à plusieurs vagues d’investissements désorganisés suivant les politiques de subventions publiques et occasionnant un certain nombres de dynamiques contradictoires. Doté d’un outil puissant la loi EEG (Erneuerbaren Energie Gesetz) l’État allemand influe directement sur le prix de l’électricité offrant aux secteurs de l’énergie renouvelable des tarifs plus concurrentiel. Ceci a créé des bulles d’investissements : entre 2000 et 2005, les capacités de production de l’éolien ont été multiplié par six tandis que le secteur photovoltaïque profitant à la fois de subventions et d’une baisse drastique du coût des panneaux a vu ses capacité de production passé de 1100 MW en 2004 à plus de 35000 en 2013 soit une multiplication par plus de 30. Mais capacités de production ne signifie pas production réelle et l’Allemagne n’est pas le meilleur pays pour produire de l’énergie solaire ainsi la production énergétique issu du photovoltaïque a été multiplié par 10 et non par 30 représentant en 2016 moins de 6% de la production d’électricité totale allemande. D’autre part l’État a freiné les subventions dès 2013 causant un effondrement des investissement dans le photovoltaïque qui a tendance à stagner ces derniers temps.

D’autre part l’enjeu de la nature même des énergies renouvelables est lui aussi cruciale. En effet étant intermittente ces énergies occasionnent des fluctuations très importante d ‘énergie avec des pics de surproductions ou des périodes de sous-productions qui requièrent une compensation de la part des centrales thermiques. De plus le facteur de charge, c’est à dire la capacité d’utilisation des énergies renouvelables est très inférieures à celle des centrales thermiques et nucléaires ce qui signifie en pratique la nécessite d’installer dix fois la puissance de production en renouvelable des centrales actuelles pour être assuré d’un approvisionnement constant avec une consommation équivalente. D’autre part ces difficultés sont renforcées par la distance entre centre de production et de consommation. Ce qui se traduit par la nécessité de construire des lignes à haute tensions. Les responsables allemand du réseaux estiment que 3800km de lignes à haute tensions sont nécessaires soit un coût de 32 Milliards d’Euros et risque de susciter de vive réticences des riverains. Car en plus de défigurer le paysage ces lignes sont néfastes à la santé et potentiellement cancérogène. Pour pallier ce problème la stratégie du repowering visant à remplacer les éoliennes terrestres par des modèles plus performant constitue une partie de la réponse permettant à certains endroits d’atteindre le double de l’énergie produite mais ces solutions sont mal perçues par les riverains du fait que les nouvelles éoliennes sont environ deux fois plus hautes.

Enfin une solution pour amortir l’intermittence de la production renouvelable serait de coupler avec des centrales hydrauliques les centrales éoliennes en utilisant les pics de production pour pomper de l’eau en aval des barrages qui serait relâchée pour produire de l’électricité en période de baisse de production éolienne. Mais les barrages allemands situés dans les alpes sont très éloignés et pas assez puissant pour absorber les ambitions du parc éoliens offshore allemand. Celui-ci se tourne désormais vers les immenses capacités hydroélectriques norvégiennes au prix d’une ligne électrique sous-marine : le Nord Link prévue pour 2018.

La transition énergétique allemande un enjeux conflictuel au cœur d’une Europe aux infrastructures intégrées

Le système énergétique européen fonctionne dans le cadre d’une forte interconnexion des réseaux via l’UCTE qui interconnecte les différents pays et raccorde quasiment toute l’Europe continentale sur la même fréquence hertzienne permettant donc des échanges d’énergies entre pays. Néanmoins cette interconnexion ne signifie pas pour autant marché libre et concurrentielle. Si depuis 1996 les monopoles Étatique sont officiellement condamnés par la Commission européenne il n’en demeure pas moins que la concurrence n’est pas parfaite entre énergie produite sur tel ou tel territoire en fonction des différentes législations concernant la transition énergétique. En effet en 2008 la Direction Générale du Climat de la commission Européenne a adopter le paquet énergie climat dont les objectifs pour 2020 sont clairs :

  • Améliorer l’efficacité énergétique de 20%,
  • Diminuer de 20% les gaz à effet de serre par rapport à 1990
  • Porter la part des énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie à 20% soit pour le domaine de l’électricité une part passant de 20.3% en 2010, à 35% en 2020.

Ces objectifs sont les même que ceux affichés par l’Allemagne néanmoins la commission ouvre par ces mesure ambitieuses et non budgétées la porte à de massif investissements publiques qui ne sont pas à la portée de tous les États européens. C’est dans ce contexte que l’Energiewende doit être pris en compte : celui-ci constitue en effet un tournant important dans le domaine industriel et technologique pris par un seul pays aux dépens des autres. En effet l’Allemagne a massivement investi dans ce plan et comme on l’a vu subventionné de manière massive la construction de parcs éoliens offshore ce qui a fortement augmenté les capacités de production d’énergie allemande qu’elle exporte ensuite par intermittence a un prix faible occasionnant une baisse générale du coût de l’énergie sur le continent européen. Ceci à des conséquences pour les autres énergéticiens européens fragilisant les modèles français ou tchèque et polonais par exemple. De plus n’ayant pas anticipé les infrastructures nécessaires pour transférer l’électricité du nord  de l’Allemagne vers le sud celle-ci est passé par le réseaux européens notamment polonais et tchèque occasionnant une saturation des lignes affectant les infrastructures locales. D’autre part, sans le choisir, des pays importent une énergie moins chère d’Allemagne aux dépens de leur propre production.

Mais l’Energiewende a un coût que l’Allemagne a habilement étalé dans le temps et  mutualisé. En effet le coût de la transition énergétique a été financé par une taxe sur les ménages allemands (dont les industriels ont été exonérés pour préserver leur compétitivité) ce qui fait que ci le coût de l’électricité allemande est passé de 8,53 centimes par KWh en 2001 a 13,8 en 2013 son prix réelle a été multiplié par deux passant de 14,32 cents à 29,13 cents le KWh. Cette augmentation des taxes a été très critiqué outre Rhin comme un moyen de  creuser les inégalités sociale au profit de la transition énergétique. D’autre part l’Allemagne a profité de directive européenne incitant à la construction d’un réseaux d’électricité renouvelable distinct prioritaire de celui des autres énergies permettant donc d’écouler tout ces excédents en priorité via un réseaux financé par l’Europe. Enfin dans un contexte de crise économique l’Allemagne était le seul pays au capacités budgétaires suffisantes pour opérer cette révolution éolienne qui a été à la fois une politique de relance économique contra-cyclique et un moyen de gagner des parts de marché énergétique via une concurrence déloyale au niveau européen.

Conclusion

Si l’Allemagne est aujourd’hui championne de la transition énergétique en Europe, et si sa production d’électricité est la plus renouvelable  du continent l’Energiewende est loin de remplir ses objectifs. En effet si le premier objectif est une diminution de la consommation d’énergie de 20% et d’électricité de 10% grâce à  l’augmentation de la performance énergétique cet objectif est manqué, la croissance allemande à compensé le gain de performance énergétique et si la consommation énergétique a un peu diminué elle demeure très élevée. D’autre part les objectif même de la transition énergétique allemande en termes d’énergie renouvelable produite risque de ne pas s’avérer effectif en 2020. De plus le modèle éolien ne semble pas parfaitement adapté à la géographie allemande et sa disparité territoriale Nord-Sud.

Le modèle de transition énergétique allemand n’est pas un modèle décarboné il s’appuie sur un recours massif au thermique (40,3% en 2016) et donc à des solutions très polluante comme la lignite et la houille. De plus le mix énergétique allemand repose encore à près de 80% sur les énergies fossiles quand il est de 67% en France. En effet si la production d’électricité est plus renouvelable l’énergie de chauffe et les combustibles sont en grande part inchangés en Allemagne. Le pays devrait donc peiner à parvenir aux objectif que l’Europe a fixé de réduction des gaz à effets de serres.

Enfin l’Energiewende est un instrument de concurrence déloyale sur le marché de l’énergie européen et remet l’énergie au cœur des préoccupations stratégiques et géopolitique au sein même de l’Europe. Ici comme dans d’autre cas l’Allemagne semble donc appliquer une logique de chacun pour soi sans aucune concertation avec ces voisins. Mais en plus d’être néfaste à la construction européenne l’Allemagne s’enferre dans un modèle qui apparaît au long terme être peu compétitif dans un contexte hypothétique d’ouverture de la concurrence européenne. L’électricité allemande est plus chère que de nombreuses autres électricités en Europe malgré les subventions et elle n’exporte qu’au travers d’une surproduction ponctuelle.

Il est donc regrettable qu’une vrai politique énergétique européennes ne soit pas mise en place permettant de mutualiser les potentiels naturelles de chaque pays et les besoins de chaque marchés. Cela coûte autant à l’Allemagne via des infrastructures pharaoniques qu’aux autres pays européens qui voit le prix de l’électricité baisser à cause de l’écoulement de la surproduction allemande. Enfin il est très regrettable que dans un contexte de sursit climatique tel que nous le connaissons actuellement la commission privilégie énergie renouvelables plutôt que non polluante favorisant des modèles écologiquement hypocrites comme celui de l’Allemagne.

Article proposé par Aurélien Chalifour, étudiant en Relations Internationales (IRIS Sup’)

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