Le Venezuela face à un coup d’État constitutionnel ?

Dans le cadre d’un partenariat bilatéral, le Réseau Mercœur publiera à intervalles réguliers des articles publiés par Les Yeux du Monde, une association fondée en 2010 autour de la volonté de proposer des articles nombreux sur les thématiques internationales. L’objectif est double: promouvoir le débat, diffuser les connaissances.

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Dévastée par la chute des cours pétroliers, l’économie vénézuélienne ne cesse de s’enfoncer dans la crise, entraînant avec elle le régime chaviste. Cette situation semble s’accélérer depuis plusieurs semaines avec l’annonce par Nicolás Maduro d’une réforme de la Constitution du pays, qualifiée par le Brésil de « coup d’État ». Retour sur ces événements, et les perspectives de sortie de crise qui s’offrent (ou non) au Venezuela.

Lors de son accession à la présidence du Venezuela en 1999, Hugo Chávez a pu se servir de la manne pétrolière du pays – qui possède les plus importantes réserves mondiales estimées – pour appuyer ses réformes. Cependant, depuis l’année 2013, le Venezuela a perdu les deux piliers de son développement du début de XXIe siècle : Chávez s’est éteint et le prix du baril a lourdement chuté. Or, le pays tirait la grande majorité de son PIB des exportations pétrolières (80 milliards en 2013, seulement 25 en 2015). Résultat : une terrible récession économique (-13,6% en 2016), un déficit public en augmentation, une hyperinflation et des manques d’approvisionnement pour des produits de première nécessité. Cet affaissement économique a complètement parasité l’action du successeur de Chávez, Nicolás Maduro : sanctionné lors des élections législatives en 2015, ce dernier se refuse à tout dialogue avec l’opposition qui réclame un référendum révocatoire à son encontre. Le Venezuela fait donc face à un double blocage : économique d’une part, en raison de l’incapacité de Chávez à avoir diversifié le tissu productif du pays pour le rendre moins dépendant les fluctuations du prix du pétrole ; et politique d’autre part, à cause du blocage institutionnel lié aux dernières élections.

Maduro, qui souffre de la comparaison avec son prédécesseur et de son incapacité à résorber la crise, fait face depuis plusieurs mois à des manifestations de plus en plus massives, réprimées durement par les forces de police et ayant causé à l’heure actuelle 28 décès. Pour de nombreux observateurs internationaux, le Venezuela est en train de sombrer dans un régime autoritaire, entre l’invalidation de la proposition de référendum révocatoire en dépit de l’obtention des signatures nécessaires, la censure de certains médias, l’exclusion du chef de l’opposition Henrique Capriles pour les prochaines présidentielles ou l’annonce le 1er mai d’un projet de réforme constitutionnelle. Le ministre des Affaires étrangères du Brésil a d’ailleurs qualifié ce projet de « coup d’État », considérant que seules les organisations liées au pouvoir pourraient participer à la rédaction de la nouvelle Constitution et qu’il s’agirait d’une stratégie de Maduro pour enjamber les prochaines présidentielles.

Sortie de l’OEA, suspension du Mercosur, médiation papale : le Venezuela de plus en plus isolé

Cette déclaration polémique du chef de la diplomatie brésilienne traduit en fait un isolement international du Venezuela qui s’avère de plus en plus problématique pour Nicolás Maduro. Le continent sud-américain a en effet vécu une transition politique justement depuis les législatives vénézuéliennes de 2015, avec le glissement de nombreux pays de la gauche vers le centre-droit. C’est le cas notamment de deux anciens alliés de Caracas, le Brésil et l’Argentine : Dilma Rousseff a été destituée au profit d’un gouvernement de centre-droit mené par Michel Temer et en Argentine, le parti péroniste a été défait par le libéral Mauricio Macri. En conséquence de cet isolement international, le Venezuela a été suspendu du Mercosur en décembre dernier et vient d’annoncer son retrait de l’Organisation des États Américains (OEA), sans compter ses tensions récurrentes avec les États-Unis. Le pape François a proposé une nouvelle médiation, souhaitant prendre part à un dialogue sous conditions entre le pouvoir et l’opposition. Une initiative soutenue par l’Argentine, le Brésil, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, le Pérou, le Paraguay et l’Uruguay, mais pour le moment rejetée par l’opposition qui estimant que les actions récentes de Maduro rendent tout dialogue impossible.

On le voit donc, ce qui apparaît le plus problématique quant à la situation au Venezuela, c’est l’impasse dans laquelle elle semble se trouver. Ainsi, le fait que les prix du pétrole semblent se stabiliser à des niveaux très bas éloigne encore la perspective d’une relance de l’économie locale. De plus, l’autoritarisme naissant de Maduro semble empêcher toute avancée dans les discussions avec l’opposition, plongeant le pays dans un blocage institutionnel et l’isolant en Amérique.

Cet article, précédemment publié sur le site des Yeux du Monde, a été rédigé par Lucas Maubert, Diplômé de Sciences Po Rennes, spécialisé en histoire des relations internationales. Il peut être consulté ici.

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